112ème Assemblée de l’Union interparlementaire
et réunions connexes
Manille, 03.04 – 08.04. 2005
Intervention en séance plénière
de Monsieur Amar SAADANI,
Président de l’Assemblée populaire nationale d’Algérie
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Ayant été élu il y a moins d’une année à la présidence de la première Chambre du Parlement algérien, c’est la toute première fois que le privilège m’échoit de m’adresser aux membres de cette auguste Assemblée qu’est l’Union interparlementaire.
Aussi, je voudrais, tout d’abord, profiter de l’occasion qui m’est offerte pour dire ici très haut tout le respect et toute la considération que m’inspire l’Union interparlementaire, à travers ce qu’elle incarne comme valeurs et symboles dans le paysage institutionnel multilatéral, son fonctionnement démocratique, les principes et les idéaux humains dont elle s’est faite le porte flambeau des décennies durant, et tous ces progrès qu’elle a pu rendre possibles non seulement dans le domaine de la lutte contre toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes mais plus fondamentalement dans la promotion de tous les droits humains et la consécration du dialogue entre les peuples par la voix même de ceux que les peuples ont désigné comme leurs porte-voix.
Je voudrais également faire
miens les congratulations et les vœux de succès formulés du haut de cette
tribune à l’adresse du Président et des Vice-présidents élus pour diriger cette
112ème Assemblée, en y ajoutant les félicitations les plus chaleureuses de la
délégation algérienne qui rend hommage au ruling qui est le vôtre
Monsieur le Président au perchoir de cette honorable institution, en formulant
le souhait que nos travaux sous votre présidence parviennent à valoriser ce
capital de prédispositions communes que nous avons dans cette salle à sceller
notre entente sur toutes les questions essentielles.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
L’objectif d’égalité en droits et devoirs entre les hommes et les femmes, et par conséquent d’un rôle et d’une place accrus de la femme aussi bien dans les sphères de la vie économique, culturelle et sociale que dans le paysage politique national, est une dimension omniprésente et constitutive de l’ensemble des politiques publiques algériennes.
Cet objectif renvoie à des orientations très claires des pouvoirs publics algériens, le programme et la démarche qui sont, dans ce domaine, ceux du Chef de l’Etat algérien et de son Gouvernement étant très largement relayés par le Parlement sur un plan législatif.
Ainsi, la politique algérienne telle que reflétée par l’ensemble de ses projections sectorielles n’a d’incidence sur la situation de la femme que dans la mesure où c’est l’égalité elle-même en droits et devoirs entre les hommes et les femmes qui est l’un des principes fondateurs de la politique nationale.
L’Algérie poursuit activement ses efforts pour que cette égalité, qui est déjà une réalité tangible dans les sphères sociale, éducationnelle et culturelle, se traduise par de nouvelles avancées dans les domaines politique et économique et aux plans du statut socioprofessionnel et personnel de la femme.
La création par l’Algérie d’un Conseil de la préservation et de la promotion de la famille et d’un Conseil national de la femme, la révision récente du code de la famille qui rééquilibre désormais les droits et devoirs des deux conjoints pour les mettre en conformité avec la Constitution, nos engagements internationaux et nos valeurs civilisationnelles, tout cela participe de la promotion de la femme et de la condition féminine.
Aujourd’hui, la scolarisation massive des filles à tous les échelons de l’enseignement est assurée. Le taux de participation de la femme dans la population active s’accroît à un rythme de plus en plus significatif de même que s’élargit progressivement l’accès aux responsabilités politiques et économiques et aux fonctions supérieures et aux échelons supérieurs de la fonction publique.
Les femmes représentaient en 2004 en Algérie, 69 % des pharmaciens, 64 % des chirurgiens dentistes, 53 % des professions médicales, 55 % des journalistes, 54 % des effectifs inscrits dans l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur, 45 % des professeurs de médecine, 35 % des magistrats.
Dans notre pays qui compte plus de 6.000 femmes entrepreneurs organisées en une puissante association, les femmes sont Vice- Présidente du sénat, ministres, sénatrices, députées, wali (gouverneur), ambassadrice, présidentes de cours de justice, officiers supérieurs dans l’armée, recteur d’université, présidente de parti politique, candidate aux élections présidentielles pluralistes.
Nonobstant ces résultats et par delà cet élan porteur de progrès pour notre société, beaucoup reste à faire avant que ne soient levés les nombreux obstacles qui entravent encore les chemins de l’émancipation totale de la femme algérienne.
Ces obstacles ont, en Algérie comme ailleurs, plus à voir d’ailleurs avec les pesanteurs sociales, les traditions et les mentalités qu’avec les textes juridiques qui protègent tous la femme non seulement en consacrant pour elle des droits égaux à ceux de l’homme mais en sanctionnant pénalement toutes formes de discrimination à leur égard.
La femme algérienne est protégée par la Constitution, par le code civil, par le code pénal, par le code de commerce, par le code électoral, par la loi relative aux relations individuelles de travail, par la loi relative à la retraite, par le nouveau code de la nationalité.
Elle est également protégée par la convention relative à l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes que l’Algérie a signée ; elle est protégée par toutes les lois qui régissent la vie publique algérienne, car aucun de ces textes ne contient de disposition discriminatoire à l’égard des femmes.
La loi algérienne dispose ainsi que les femmes bénéficient de droits spécifiques relatifs aux conditions générales de travail et à la prévention des risques professionnels ; la loi algérienne proscrit le travail des femmes dans des tâches dangereuses, insalubres ou nuisibles, de même qu’elle interdit toute limitation des droits ou avantages fondée sur le sexe.
La loi algérienne donne un bonus de 5 années à la femme travailleuse qui peut ainsi prendre sa retraite à 55 ans, alors que les dispositions communes fixent celle-ci à 60 ans pour les hommes. Ce départ ne lui fait pas perdre le bénéfice de la pension qui est fixé, au même titre que l’homme, à 80 %.
La loi algérienne prévoit en
outre pour la femme l’interdiction de l’emploi un jour de repos légal,
l’interdiction de l’emploi aux travaux dangereux, insalubres ou nuisibles à leur
santé, la suspension de la relation de travail en période pré et postnatale,
l’interdiction du licenciement en période pré et postnatale, le bénéfice des
heures d’allaitement, le bénéfice de l’intégralité du salaire pendant le congé
de maternité, l’interdiction du travail de nuit, le bénéfice de mises en
disponibilité dans plusieurs situations.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Par delà le chemin parcouru par mon pays, et les efforts qu’il compte poursuivre, il existe bien des régions dans le monde où des comportements d’un autre âge continuent à dénier à la femme, au nom de principes fallacieux leurs droits les plus fondamentaux.
Mon sentiment est qu’il appartient à des institutions comme l’Union interparlementaire avec les principes qu’elle défend et l’expérience éminemment positive qui est la sienne de continuer d’agir en étroite collaboration avec les autres Organisations internationales concernées des Nations Unies, en application de ce vers quoi aspirent profondément les peuples dont nous avons mandat, pour donner un second souffle à la longue marche des femmes pour l’égalité et la dignité.
Mon vœu est aussi que vos initiatives, monsieur le Président, et les contacts qui vont se nouer dans le cadre de cette 112ème Assemblée de l’Union interparlementaire, se transforment en un bouquet de fils d’Ariane qui vont relier entre elles toutes les bonnes volontés parlementaires à travers le monde, franchir les frontières de l’oubli et de l’indifférence et jeter de nouveaux ponts entre nos institutions législatives respectives, nos collectivités et nos citoyens, pour que progressent la noble cause de l’égalité entre femmes et hommes dans le monde.
Il y va d’un principe fondamental des droits de l’homme ; il y va de l’avenir de l’être humain.
Je vous remercie pour votre attention.