DISCOURS

DE SON EXCELLENCE

MONSIEUR JORGE SAMPAIO

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU PORTUGAL

 

Prononcé à Alger, le 03 décembre 2003.

devant les membres de l’Assemblée

populaire nationale d’Algérie

 

 

 

Discours de Monsieur le Président de la République, Jorge SAMPAIO

devant l'Assemblée populaire nationale d'Algérie

 

Alger, le 3 décembre 2003

 

 

 

 

Monsieur le Président

Messieurs les Députés

Mesdames, Messieurs,

 

Je me sens particulièrement honoré de cette opportunité qui m'est offerte pour adresser la parole à l'Assemblée populaire nationale. Dans cette Assemblée, représentant le peuple algérien, sont réunies les principales forces politiques de votre État. C'est à elles toutes que je m'adresse, en qualité de représentant d'un pays proche, d'un pays ami, qui souhaite entretenir avec l'Algérie d'étroites relations de coopération.

 

Cette occasion est un moment fort de ma visite d'État en Algérie, que j'effectue en réponse à l'invitation adressée par Son Excellence Monsieur le Président Bouteflika. Cette visite est la première qui a lieu au plus haut niveau entre nos deux pays depuis 1982. J'espère que dans l'avenir nos contacts deviendront plus fréquents et plus intenses, comme le justifient la proximité géographique de nos deux pays, ainsi que leurs liens historiques et leur solide amitié.

 

J'espère ainsi que ma présence parmi vous représente une étape importante de nos relations, qu'elle servira à les resserrer et à les approfondir, tel nous le souhaitons, et à relancer une coopération mutuellement bénéfique.

 

En tant que pays du sud, le Portugal a toujours attaché une grande importance à ses relations avec les Etats du Maghreb, aussi bien sur le plan bilatéral qu'en qualité de membre de l'Union Européenne. Nous souhaitons que les relations du Portugal avec l'Algérie parviennent au niveau atteint par celles que nous entretenons avec vos voisins .A cet effet, il est important de renforcer le dialogue politique, de compléter le cadre contractuel qui régit nos relations et de développer nos échanges économiques et culturels.

 

Nos relations commerciales et économiques ne sont pas sans importance, mais elles doivent être plus équilibrées et elles ont encore devant elles un vaste champ pour se développer. C'est pour cela que je suis accompagné par une importante délégation commerciale, composée d'hommes d'affaires qui, dans leur grande majorité, connaissent déjà votre pays et sont intéressés par le développement de toutes sortes d'échanges. Je suis sûr que les contacts que nous établissons ici permettront de consolider les rapports existants et d'ouvrir de nouvelles portes.

 

La signature de l'accord d'association entre l'Algérie et l'Union Européenne, qui établit une zone de commerce libre à partir de 2010, ainsi qu'une coopération importante dans d'autres domaines, ouvre, elle aussi, de nouvelles perspectives pour les relations économiques entre nos deux pays. Cet accord, comme ceux qui ont été signés avec la quasi totalité des partenaires méditerranéens de l'Union européenne, est une étape de la plus haute importance ; c'est également à ce jour le résultat le plus tangible et le plus concret du Processus de Barcelone. Avec son entrée en vigueur, les relations entre l'Union européenne et la rive sud de la Méditerranée feront un grand pas en avant.

 

L'espace de prospérité et de paix que l'Europe a créé avec le processus d'intégration  lancé  dans  les  années  50,  qui  va être  consolidé  par l'élargissement à dix pays de l'Europe centrale et orientale, n'est pas un espace fermé sur lui-même. Les pays voisins de l'Union européenne, y compris, bien entendu, nos partenaires de la Méditerranée, sont des  partenaires de première importance dans la construction d'une zone de paix et de prospérité de plus en plus vaste, caractérisée par un réseau de relations fait d'opportunités et de disciplines, dont nos deux pays ont tout à bénéficier.

 

Le processus d'intégration économique développé dans un cadre d'ouverture commerciale doit être soutenu par d'autres initiatives, telles que la mise en place d'une Assemblée Parlementaire euro-méditerranéenne, la création de  la Fondation   euro-méditerranéenne pour  le  dialogue  entre  cultures  et  civilisations, qui devrait être bientôt lancée, et la création d'une Banque  d'investissement consacrée à la Méditerranée, initiative à laquelle le  Portugal  a  donné  son  soutien.  Il  s'agit  en  somme  de  construire  progressivement un réseau institutionnel qui serve de base et de structure aux relations, de plus en plus denses, entre l'Union européenne et ses partenaires méditerranéens.

 

Je crois que le modèle unique d'intégration et de coopération créé par l'Union européenne doit être une source d'inspiration pour d'autres associations régionales. Aussi. Voyons-nous avec beaucoup d'intérêt la relance  de  l'Union  du  Maghreb  arabe.  Dans  le  monde  globalisé d'aujourd'hui, il est illusoire de penser qu'on peut découvrir de façon isolée la voie du développement. Il est de plus en plus nécessaire de miser sur l'échange d'expériences, sur la coopération, sur la recherche de  synergies au niveau international. Dans ce contexte, l'ouverture croissante  des économies est inexorable. Nous savons que les autorités algériennes  entreprennent actuellement une série de réformes dans ce sens.

 

Au cours de ces dernières décennies, le Portugal a lui aussi parcouru un long chemin pour ouvrir son économie à l'extérieur et l'exposer à la compétition internationale.  C'est un  chemin  semé  d'embûches,  qui  a  exigé  des adaptations parfois douloureuses mais qui a globalement produit des résultats très positifs. Nous sommes prêts à partager avec vous les leçons que nous avons tirées de cette expérience dans des domaines très sensibles comme les privatisations, la réforme du secteur bancaire ou encore l'aide  aux petites et moyennes entreprises, qui sont d'une importance vitale pour la réussite économique.

 

Dans un monde où la concurrence est de plus en plus exigeante et bénéficie bien évidemment aux plus forts, il est important que les pays de moyenne dimension, comme l'Algérie et le Portugal, renforcent leurs partenariats.

 

Nous devons contrarier, par un effort clairvoyant et volontaire,  la tendance naturelle consistant à privilégier les relation avec les pays les plus riches au détriment des relations avec les pays dont la dimension est plus proche de la nôtre, avec lesquels nous pouvons mettre en place des partenariat plus équilibrés et mutuellement bénéfiques. J'espère que ma visite y contribuera.

 

 

Monsieur le Président,

Messieurs les Députés,

Mesdames, Messieurs,

 

Pour qu'elles puissent prospérer et se consolider, les relations entre l'Union européenne et ses partenaires de la Méditerranée ne peuvent se limiter aux échanges économiques. Elles doivent également reposer sur des relations politiques que nous souhaitons solides, matures et confiantes.

 

Nous ne saurons consentir que nos relations soient l'otage d'activités criminelles perpétrées par des organisations terroristes dont l’objectif est de détruire, par leurs sinistres actions, les bases d'une convivialité saine et amicale entre les peuples, les religions et les cultures.

 

Il importe donc d'intensifier notre dialogue, de multiplier les contacts, d'aborder sans complexes ce qui nous sépare, mais aussi de donner sa Juste valeur à ce qui nous unit. En nous connaissant mieux, je suis certain que nous saurons trouver un terrain commun pour nous rapprocher.


Dans ce sens, le Portugal s'est profondément engagé à revitaliser le dialogue politique, aussi bien sur le plan bilatéral qu'au sein de l'Union européenne ou dans le cadre du Processus 5+5. Nous envisageons avec le plus grand intérêt le premier sommet de ce forum, qui aura lieu à Tunis dans quelques jours, d'où naîtront, je l'espère, de nouvelles idées et initiatives.

 

Ces jours ci, il est de plus en plus nécessaire d'entretenir le dialogue entre les deux rives de la Méditerranée, entre l'Europe et l'Afrique, entre le monde occidental et le monde islamique. Ce dialogue est de plus en plus important,  disais-je,  parce  qu'il  permettra,  j'en  suis  convaincu,  de comprendre que - malgré nos différentes identités et cultures – rien d'insurmontable ne nous sépare, que nous partageons après tout les mêmes aspirations, que nos peuples ont tous deux le même désir de liberté, de dignité, de prospérité.

 

La démocratie, l'État de droit, le respect des droits humains ne sont l'apanage d'aucune culture ou civilisation. Ils représentent des formes d'organisation politique à la portée de tous, toujours susceptibles d'être perfectionnées et adaptées aux caractéristiques de chaque État, dans le but de réaliser de façon progressive, bien que toujours imparfaite, ces idéaux : égalité des chances, respect d'une loi juste et abstraite, usufruit des droits individuels, et ce, dans le respect des intérêts collectifs. Je suis convaincu que ces aspirations sont partagées par les hommes et les femmes du monde entier, indépendamment de leurs croyances religieuses et de leurs différentes cultures.

 

 

Monsieur le Président,

Messieurs les Députés,

Mesdames, Messieurs,

 

Pour que se réalise la vision d'une région méditerranéenne où la mer relie au lieu de séparer, il est d'une importance fondamentale de résoudre certains conflits qui, malheureusement, persistent. Je pense tout d'abord au conflit entre Israël et les Palestiniens, conflit qui dure depuis bien trop longtemps déjà, sans aucune solution en vue et qui contribue beaucoup, par ses multiples répercussions, à perturber les relations entre les deux rives de la Méditerranée.

 

Le Portugal assume des positions claires à ce sujet. Israël a le droit de vivre en paix et en sécurité dans le cadre de frontières internationalement reconnues. Les Palestiniens ont le droit de constituer un État indépendant et viable dans les territoires occupés depuis 1967. Nous soutenons les efforts du Quatuor pour apporter la paix à cette région martyrisée par la violence. II nous faut briser le cycle tragique d'attaques et de représailles, générateur de haine et d'incompréhension, dans lequel Israéliens et Palestiniens se sont embourbés après l'échec des négociations de paix menées au cours des années 90.

 

Malgré les événements de ces dernières années, nous ne pouvons ni renoncer, ni perdre espoir. L'initiative de Genève montre que l'idéal de la paix ne s'est pas perdu, ni parmi les Israéliens, ni parmi les Palestiniens. Le bilan tragique d'un demi siècle de conflit montre que ce ne sera jamais par la violence que l'on pourra résoudre le problème d'Israël et de la Palestine.

 

Les dizaines d'années d'occupation ont seulement servi à consolider le sentiment national des Palestiniens, dont les aspirations à un État sont aujourd'hui reconnues par toute la Communauté internationale. Ce n'est que par la négociation, fermement appuyée par la Communauté internationale, et dans le respect des pertinentes résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, que l'on pourra trouver une solution capable de mettre enfin un terme à ce tragique conflit.

 

Nous assistons également, avec la plus grande inquiétude et consternation, au déroulement des événements en Irak. Il faut de toute urgence trouver une façon de rendre aux Irakiens leur souveraineté sur le pays, sans toutefois le laisser à la merci de groupes qui ne leur offrent aucune autre perspective que le chaos.

 

Aucun pays ne tolère plus aujourd'hui de vivre sous une occupation étrangère, moins encore un État riche de l'histoire de l'Irak. J'espère qu'il sera encore possible de trouver, sous l'égide des Nations Unies - qui est la seule organisation dotée de la légitimité nécessaire - et avec la collaboration et  l'engagement  de  toute  la  communauté  internationale,  une  façon d'organiser un processus de transition paisible, capable de rendre au peuple irakien un Irak uni, vivant en sécurité et libéré du joug de la tyrannie dont il a souffert entre les mains de Saddam Hussein.

 

 

 

Monsieur le Président,

Messieurs les Députés,

Mesdames, Messieurs,

 

L'Algérie connaît bien les conséquences du terrorisme car elle en a été récemment victime. Je tiens ici à adresser un message de sympathie aux familles des milliers d'Algériens et d'Algériennes qui ont subi une violence aveugle et cruelle.

 

Je salue les positions fermes adoptées par les autorités algériennes, ainsi que la réelle collaboration qu'elles ont toujours apporté depuis que la tragédie du 11 septembre nous a fait prendre conscience de l'échelle et de la dimension véritablement globale de la menace terroriste, Depuis lors, les exemples de ce qui s'est passé en Indonésie, au Kénia, au Maroc, en Arabie Saoudite, en Turquie montrent que la menace n'a pas faiblie, II nous faut rester fermes et vigilants dans la lutte contre le terrorisme international.

 

Nous ne pouvons céder d'un millimètre face à des groupes qui n'ont aucun respect de la vie humaine, qui assassinent les civils de façon indiscriminée, qui visent à semer la haine, la discorde et la peur. Mais il nous faut éviter que ce combat, si nécessaire, s'engage en marge de la loi et aux dépens des libertés et des garanties propres aux systèmes démocratiques.

 

Ce combat ne peut pas non plus être mené par la seule voie militaire et policière. Il nous faut faire naître l'espoir là où règne aujourd'hui le désespoir. Le chômage, le sentiment d'exclusion sociale, l'absence de perspectives de vie, en particulier chez les populations jeunes et récemment urbanisées,  sont  des  facteurs  d'instabilité  auxquels  il  est nécessaire d'apporter une réponse. Il nous faut, par le dialogue, combattre le fanatisme et empêcher que le message nihiliste du terrorisme trouve un terrain fertile pour s'étendre, il nous faut dénoncer avec vigueur l'invocation de motifs religieux servant à commettre des actes contraires en tous points aux règles les plus élémentaires de  la morale,  patrimoine commun  de toutes  les religions du livre.

 

Monsieur le Président,

Messieurs les Députés,

Mesdames, Messieurs,

 

Tout au long de son histoire en tant qu'État indépendant, l'Algérie a joué un rôle de premier plan en faveur de l'émancipation des peuples et de la résolution pacifique des conflits, en particulier sur le continent africain.

 

Nous espérons que la constitution de l'Union Africaine et le NEPAD, initiatives dans lesquelles l'Algérie a joué, là encore, un rôle prépondérant, permettront à l'Afrique de prendre une nouvelle direction et de la remettre sur les rails du développement. La pauvreté, la maladie, la violence qui sévissent malheureusement dans de vastes régions du continent, au sud du Sahara, et qui minent ainsi les propres fondements des États, sont un scandale auquel personne ne saurait rester indiffèrent. En tant que Portugais et en tant qu'Européens, nous assumons notre responsabilité historique à l'égard de l'Afrique et nous essayons de contribuer solidairement à sa pacification, à son développement et à sa démocratisation. Mais nous ne pouvons substituer nos efforts à ceux des Africains eux-mêmes pour transformer leur destin individuel et collectif.

 

Les ambitieuses structures politiques créées par l'Union Africaine, ainsi que son engagement en faveur des valeurs de paix, de solidarité, de démocratie et de bonne gouvernance sont la preuve d'une nouvelle attitude, une attitude de détermination, ô combien nécessaire pour attaquer les graves problèmes avec lesquels l'Afrique est confrontée. C'est un effort que l'Union africaine doit mener, mais en comptant avec la collaboration de toute la communauté internationale, en particulier en ce qui concerne trois objectifs prioritaires : la prévention et la résolution de conflits armés, la lutte contre la pauvreté, et le combat contre le fléau de l'épidémie du virus HIV-SIDA.

 

Que ce soit dans le cadre de la CPLP, de l'Union européenne, des Nations Unies ou sur le plan des relations bilatérales, les pays africains peuvent toujours compter sur la présence du Portugal à leurs côtés. Dans les limites de nos capacités, nous avons agi, en particulier auprès des pays de langue portugaise, en faveur de la paix, de la démocratie et du développement.

 

Nous continuerons à œuvrer dans ce sens, par devoir, par conviction et par intérêt, mais toujours dans un esprit de collaboration avec d'autres pays amis engagés dans les mêmes objectifs. Nous sommes une voix active en faveur du développement des relations entre l'Afrique et l'Europe et nous nous tenons prêts à accueillir à Lisbonne le deuxième Sommet Union européenne - Afrique.

 

 

 

Monsieur le Président,

Messieurs les Députés,

Mesdames, Messieurs,

 

La sombre période que nous vivons au plan international nous impose un devoir de sobriété, de réalisme, de maturité politique. La globalisation est une tendance qui s'est imposée, mais ses effets sont, comme toujours, ambivalents. Elle nous ouvre de nouvelles chances, mais elle nous expose également à de nouveaux risques. Il nous faut, plus que jamais, jeter des ponts et unir nos efforts pour apporter une réponse aux défis actuels. Ces efforts doivent bien entendu être entrepris en priorité auprès de nos voisins.

 

Je suis certain que ma visite en Algérie représente un pas en avant sur cette voie. Je vous remercie donc pour votre hospitalité et pour l'opportunité que vous m'avez aujourd'hui offerte pour partager avec vous mes espoirs et mes préoccupations.  Je  termine  en  adressant  mes  salutations  les  plus chaleureuses à cette Assemblée et à tout ce qu'elle représente pour l'avenir de la démocratie en Algérie. A vous tous, je souhaite un bon travail et les meilleures réussites.

 

Merci beaucoup pour votre attention.