REPUBLIQUE ALGERIENNE DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE

ASSEMBLEE POPULAIRE NATIONALE

 

Discours de Monsieur Amar SAADANI,
Président de l’Assemblée populaire nationale

prononcé lors de l’accueil solennel
à l’APN de Monsieur Jean-Louis DEBRÉ
Président de l’Assemblée Nationale Française

Janvier 2007
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Monsieur le Président Debré,

Distingués hôtes de l’Assemblée nationale française,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Excellence,Monsieur l’Ambassadeur de France,

Honorable assistance,

Mesdames et Messieurs,

 



Le 14 juin de l’année 2000, à l’occasion de la visite d’Etat qu’il a effectuée en France, le Président Abdelaziz BOUTEFLIKA était solennellement reçu à l’Assemblée nationale française où il a prononcé devant les députés français un discours qui a fait date dans l’histoire des relations entre l’Algérie et la France.

Le 3 mars 2003, le Parlement algérien, les deux chambres réunies, recevait à son tour le Président de la République française, Monsieur Jacques CHIRAC, lors de la mémorable visite d’Etat qu’il a effectuée en Algérie à l’invitation du Président Abdelaziz BOUTEFLIKA.

Aujourd’hui, c’est le premier des députés français, j’ai cité Monsieur Jean-louis DEBRE, accompagné d’une délégation parlementaire, que l’Assemblée populaire nationale algérienne s’honore d’accueillir en son enceinte, pour une visite qui est la première du genre d’un Président d’Assemblée nationale française dans notre pays.

S’il n’est pas rare que les députés algériens reçoivent en leurs murs le président d’assemblée ou de parlement d’un autre pays, c’est en revanche la toute première fois dans la cinquième législature de l’Algérie qu’un Président d’Assemblée nationale s’adressera, du haut de cette tribune, à la représentation nationale algérienne.

C’est un événement exceptionnel que l’histoire des relations algéro-françaises inscrira au registre des témoignages d’amitié et d’estime que s’échangent nos deux pays et nos deux peuples, un événement que je salue en ce qu’il symbolise de rencontre entre le peuple algérien et le peuple français, et en ce qu’il laisse entrevoir comme perspectives de renforcement des liens qui nous unissent et comme densification de nos échanges.

Les représentants élus du peuple algérien s’honorent, Monsieur le Président, d’un tel événement, et sont très heureux de vous accueillir parmi eux.

Soyez le bienvenu une nouvelle fois à l’Assemblée populaire nationale !

Soyez le bienvenu une nouvelle fois, ainsi que la délégation qui vous accompagne, sur le sol de notre pays !

Monsieur le Président,

L’Algérie et la France ont des complémentarités naturelles et des affinités politiques républicaines qu’elles peuvent, se doivent et ont vocation à féconder dans le cadre d’un partenariat aussi bien politique qu’économique et culturel.

Dans cette optique, l’Assemblée populaire nationale se réjouit des échanges gouvernementaux qui se multiplient et des visites effectuées de part et d’autre depuis plusieurs années par des diplomates et des responsables politiques de haut rang de nos deux pays.

La concertation engagée dans le cadre de ces échanges a sans nul doute renforcé la convergence de nos points de vue respectifs sur nombre de questions qui intéressent nos peuples et qui intéressent le monde, de même qu’elle a contribué à forger une certaine similarité de discours, de ton et de sensibilité que nous avons constatée notamment sur des questions aussi importantes que le dialogue des civilisations et des religions, l’avènement d’un ordre économique plus attentif au sort des plus démunis, la problématique du développement en Afrique, la sécurité en Europe qui est indissociable et indivisible de la sécurité en Méditerranée, pour ne citer que ces questions là.

Cette concertation a vocation à se poursuivre également sur les questions politiques sensibles d’ordre bilatéral, en particulier lorsqu’il s’agit de promouvoir un rapport plus serein de chacun de nos pays à notre histoire commune, exorciser et purger nos relations des relents empoisonnés d’un passé douloureux et asseoir enfin les fondements d’une réconciliation irréversible.

La loi française 2005-158, telle qu’adoptée par le Parlement français et promulguée le 23 février 2005 avant qu’elle ne soit, à votre heureuse initiative Monsieur le Président et à celle du Président de la République française, déclassée dans ses dispositions controversées, a profondément heurté la conscience du peuple algérien, sa sensibilité et son attachement à la justice.
Car le système colonial en Algérie, qui a porté comme vous le savez l’aliénation des populations algériennes à ses limites extrêmes, ne peut s’enorgueillir d’un quelconque rôle positif, son œuvre ayant surtout fait perdre aux Algériens jusqu’au dernier repère de leur appartenance à la nation algérienne sous le joug d’une domination politique et militaire, et avait disloqué toute la société en foulant au pied ses valeurs, ses traditions, sa culture ancestrale et sa religion sacrée.

La colonisation en Algérie a été aussi synonyme de spoliations de toutes sortes, de dépossession de populations entières, de leurs terres et de leurs biens, d’expatriations collectives, de bannissements, d’humiliations individuelles et collectives de déculturation, de répression, de déracinements, de méfaits imprescriptibles et irrémissibles, de tortures et de sévices, et d’autres réalités tangibles que l’Histoire se chargera certes de qualifier avec la sérénité qu’exige toute œuvre crédible de recherche de la vérité, mais que la justice des hommes ne peut aujourd’hui ignorer, si elle ne veut pas se renier en tolérant une falsification de l’histoire coloniale en Algérie comme ailleurs.

L’opinion qui était largement répandue dans cette enceinte, Monsieur le Président, était qu’en faisant l’apologie du fait colonial, la loi en question allait à contresens des idéaux et des principes solennellement proclamés par la révolution française et dont votre nation s’est faite depuis le défenseur et le porte-étendard à travers le monde, et qu’elle allait aussi à l’encontre des efforts déployés des deux côtés de la Méditerranée, notamment par les Présidents Abdelaziz BOUTEFLIKA et Jacques CHIRAC, pour une véritable refondation des relations algéro–françaises.

Il était pour le moins illogique, aux yeux du peuple algérien et aux yeux de leurs représentants élus ici présents, qu’au moment où se multipliaient les rencontres officielles entre les hauts responsables des deux pays, au moment où apparaissent les signes encourageants de retrouvailles entre deux peuples qui ont choisi de se tourner désormais ensemble et résolument vers l’avenir, ressurgissent les nostalgies d’une époque révolue pour tenter, désespérément, de prendre une revanche insensée et illusoire sur l’histoire.

La glorieuse révolution algérienne émarge au registre des idéaux et valeurs universels de quête de justice, de liberté, d’égalité et de dignité des peuples dans leur aspiration légitime à vivre partout libres et à le demeurer, à être souverains et rester maîtres de leur destin.



L’honneur de l’Algérie longtemps, durement et injustement opprimée était, Monsieur le Président, dans les Aures et dans les innombrables maquis, villes et villages de sa révolution, quasiment de la même façon que l’honneur de la France opprimée durant la 2ème guerre mondiale était à Londres, dans le Vercors et dans les tout aussi nombreux maquis, villes et villages de sa résistance.

Assumer aujourd’hui l’histoire avec lucidité en la regardant en face, regarder son passé au fond des yeux, est, plus qu’un devoir de mémoire, un exercice de conscience indispensable si l’on veut définitivement tourner nos regards vers l’avenir en osant tout pour donner vie à nos ambitions communes.

Trop de facteurs nous convient à cela, notre responsabilité en tant que parlementaires algériens et français étant d’engager tout ce qui est en notre pouvoir pour œuvrer au rapprochement de nos deux nations soudées par un même destin méditerranéen, fortes des liens noués par l’histoire.

S’il est vain de refaire l’histoire, et si le passé ne peut être réécrit, l’avenir de nos relations est en revanche encore intact, candide, vierge de toute incompréhension que le devoir nous impose désormais d’empêcher par le respect mutuel, par la concertation permanente, par la consultation institutionnalisée, par le dialogue politique franc et par l’amitié qui à la fois les fonde et en naît.

C’est là précisément tout le sens que le Président Debré et moi-même entendons donner aux relations parlementaires à venir entre l’Algérie et la France, à travers le protocole-cadre de coopération parlementaire que nous venons de signer et à travers surtout la Grande commission interparlementaire que nous venons de créer dans le cadre de ce protocole.

Car, c’est mon souhait personnel et celui de l’Assemblée populaire nationale ainsi que des plus hautes autorités de mon pays, que de voir la coopération politique algéro-française, dans sa double dimension gouvernementale et parlementaire, s’accroître et se développer pour servir nos deux peuples dans leur aspiration commune au progrès et à la prospérité, servir nos échanges bilatéraux, servir la paix, la sécurité et la coopération internationales et faire face solidairement aux défis du futur.

Très sincèrement, Monsieur le Président, je me félicite par avance d’une telle perspective.

Je vous remercie pour votre attention et cède à présent la parole à Monsieur le Président Debré.

Qu’il daigne rejoindre la tribune avec nos remerciements et sous nos applaudissements.